Morin Heights Historical Association    mhha98@hotmail.com

Pages maintenant disponibles:
English

Les Rangers d’Argenteuil (11ième bataillon des Hussards)  La Compagnie de Morin de 1862 à 1911

Sandra Stock  (Cette article est dans Le Porc-épic #6 mais avec plus des photos ici)

Les Rangers d'Argenteuil

L’une de nos découvertes les plus surprenantes alors que nous faisions des recherches sur Morin-Heights, a été d’apprendre que notre municipalité avait une milice très énergique composée de citoyens qui faisait elle-même partie d’une milice de comté, plus grande, les Rangers d’Argenteuil.  Issac Jekill

C’est en 1862 que Sir John Abbott, qui devint plus tard Premier ministre du Canada, fonda la cavalerie des Rangers d’Argenteuil. Sir John était établi à St-Andrews Est, la ville la plus importante de l’ancienne seigneurie d’Argenteuil datant de 1682, depuis longtemps habitée, propice à l’agriculture et prospère. Très différente du Nord-Est, une région qui fera plus tard partie d’Argenteuil, au terrain accidenté avec un sol rocailleux, où foisonnent lacs et marais. Cette région comprend les cantons de Lakefield, Gore, Wentworth, Milles Isles et Morin qui étaient principalement occupés par des immigrants irlandais. Ce territoire du comté fait partie du Bouclier canadien. La vie y était très difficile pour les pionniers qui ont les premiers, essayé d’exploiter des fermes comme celles de la vallée de l’Outaouais ou du St-Laurent. Quelques retombées économiques furent dérivées de la fabrication de potasse, à partir d’arbres coupés, mais avant la venue du chemin de fer, vers 1890 la vie y était difficile et les gens étaient victimes d’isolement.

Bien que le service militaire avait été incorporé comme partie intégrante du contrat entre le propriétaire d’une terre et « la Couronne », depuis le début de la colonisation française au Canada, dans un système seigneurial, cette clause a rarement été appliquée. La présence d’une armée ordinaire, française et plus tard britannique, avait éliminé la nécessité du recrutement des citoyens. Cependant, Sir John Abbott qui était né au Canada, partageait probablement l’opinion générale du 19ième siècle qui voulait que nous devenions une population distincte qui devrait prendre soin d’elle-même. La notion du citoyen-soldat provient de la République romaine et de son Empire – de bien des façons, l’idée culturelle de l’Empire britannique à son apogée durant la moitié du 19ième siècle.  On croyait que ceux à qui on avait donné des terres avaient l’obligation de les défendre. On s’attendait à ce que tout homme possédant un cheval participe aux exercices militaires pour un certain nombre de semaines chaque année. Ceux qui ne possédaient pas de chevaux n’avaient qu’à en louer un d’un voisin pour la durée des exercices lors du camp d’été.
Issac Jekill
Dans les années 1860 et 1870, le Haut et le Bas Canada (l’Ontario et le Québec) ont connu plusieurs tentative d'invasion des Féniens, en provenance des États-Unis. Ce groupe était un vague reflet de la fraternité des Féniens en Irlande. Les Féniens irlandais étaient à l’origine un mouvement politique qui oeuvrait à obtenir l’indépendance de l’Irlande de la Grande-Bretagne colonisatrice. Les Féniens, des Etats-Unis, avaient tendance à attirer les vétérans désillusionnés de la Guerre Civile américaine et même des criminels. Leur soi-disant objectif était l’invasion des colonies canadiennes. Cette menace a eut pour effet de hâter la ratification de la Confédération canadienne de 1867.

Les Rangers d’Argenteuil et particulièrement la Compagnie de Morin ont joué un rôle durant ses incursions. Cyrus Thomas, auteur de History of the Counties of Argenteuil, Quebec and Prescott, Ontario, en 1896, raconte : “En mars 1866, le 11ième bataillon, a été rallié à cause d’une menace d’invasion des Féniens, et rassemblé à St-Andrews. Les Compagnies 1 et 7 furent envoyées à Ottawa… Les Compagnies furent sommées à Ottawa et s’y rendirent en traîneaux pour y rester un mois… à leur retour en avril, ils se rendirent à Prescott… »camp

Le texte se poursuit pour dire que les Rangers se rendirent par la suite à Cornwall en train. Un groupe de Féniens était supposément à bord du train, mais assez curieusement, les officiers au sein des Rangers, plutôt que de confronter l’ennemi, on tenté de… « garder l’information pour eux, appréhendant une violente altercation entre les deux groupes…». La police de Cornwall a plus tard arrêté les Féniens. Les fondements d’un opéra comique?

À l‘époque, on percevait cette menace d’invasion comme représentant un réel danger pour la population. Rétrospectivement, et avec 130 ans de recul, il est difficile d’imaginer qu’une organisation aussi décousue que celle des Féniens, aurait pu envahir le Canton de Morin, qui en plus à cette époque n’était accessible que par train. Malgré les sérieux ennuis qui eurent lieu le long de la frontière américaine, particulièrement à Freleighsburg en 1866, la plupart des tentatives de la part des Féniens ont été rapidement repoussées par les troupes britanniques.

Dans l’édition de janvier du Lachute Watchman, en 1886, un article rappelant « L’agitation fénienne » comme on l’avait appelée disait : « Lorsque les Rangers furent appelés pour repousser l'incursion des Féniens, il ne restait pratiquement plus un homme à Milles Isles ou à Morin Flats. Dans plusieurs fermes, les femmes avaient dû rentrer le grain à l'aide d’une houe, les pères et les frères étant tous partis au front avec les Rangers. »

Les Rangers d’Argenteuil sont demeurés actifs jusqu’en 1880, 1890, sans toutefois avoir à être si près du danger comme au temps de la défensive en traîneau Les Rangers d'Argenteuilet en train de Cornwall. Le camp d’entraînement tous les étés, habituellement tenu à La Prairie, à Sherbrooke ou à quelque endroit à l’extérieur d’Argenteuil, durait deux semaines et tous les hommes avaient un cheval.

Il y avait aussi le camp d’été tenu à Morin, probablement avant ou après que l’ensemble de la milice se soient regroupée. Nous avons une photographie préservée par Peter Jekill dont l’arrière-grand-père, Isaac Jekill, était un officier de la Compagnie de Morin lors des raids des Féniens. Henry Jekill fut lui aussi un commandant de cette compagnie. Ces camps d’entraînement étaient probablement perçus comme des pauses excitantes loin de la routine à la ferme et bien plus qu’un simple exercice militaire!

Des compétitions sportives étaient tenues entre les compagnies à Lachute ou à St-Andrews Est : sorties en raquettes, souque à la corde, football etc. Un groupe de musiciens a aussi été mentionné dans le journal Lachute Watchman en mai 1886, « depuis tôt le matin, le groupe du 11ième bataillon avait enchanté les habitants avec sa douce musique». Quand les Rangers se rassemblaient, ce devait être un groupe très coloré, les uniformes semblent refléter un aspect disons ludique de leur nature. Un veston assez long de couleur rouge pourpre auquel les officiers ajoutaient une tresse dorée, des bottes hautes jodhpurs et une variété de couvre-chefs très inhabituels – de la casquette de fantaisie au casque colonial! Les premiers uniformes ressemblaient aux vêtements portés par les soldats des guerres napoléoniennes. Vers la fin, la Compagnie fut dispersée en 1911, les uniformes étaient devenus flamboyants. De vieilles photographies des débuts montrent des officiers avec des épées et des chevaux ornés d’apparats.

Il y avait (et il existe toujours) des drapeaux de régiments - et une emblème. Les drapeaux sont au Musée canadien de la guerre et l’emblème au Musée d’Argenteuil de Carillon. L’emblème porte le slogan : « Nous ne nous rendrons pas ».

En 1911, les derniers membres s’unirent au régiment du  Duke of York’s Royal Canadian Hussars, plus tard devenue l’armurerie sur Côte des Neiges, à Montréal  «17ième Hussards». L’épée d’honneur du dernier officier commandant de la Compagnie de Morin, le Colonel J.E. Seale, repose maintenant sur le mur à la branche de la Légion Canadienne de Morin-Heights, qui est curieusement sur le site même où les Rangers tenaient leur camp d’été.
Camp d'ete a Morin-Flats
En 1890, les régions comme Morin Flats (changement de nom en 1911 pour des raisons d’attrait touristique), n’étaient plus des régions isolées requérant la protection d’une armée de volontaires. La population du canton de Morin s’était diversifiée et d’avantage en contact avec l'extérieur. Vers la fin de la Première Guerre mondiale,  les milices semi-privées comme les Rangers avaient disparues pour toujours du paysage canadien et les camps d’été avec chevaux étaient devenus une toute autre affaire!

Sources : Lachute Watchman, décembre 1966; Cyrus Thomas, History of the Counties of Argenteuil, Quebec and Prescott, Ontario, 1896; archives du Musée régional du comté d’Argenteuil, à Carillon, The Porcupine, numéro 4, 2001, l’Association historique de  Morin-Heights; Photos : le défunt Joseph Brown, Morin-Heights; Peter Jekill, Calgary, Alberta; et la collection de l’Association historique de Morin-Heights.





haut

Page principal - en bref
Notre histoire
Recensements
Nouvelles /Événements
Publications
Devenez membre
Liens
Pour nous rejoindre

Pour envoyer du courrier, des questions ou commentaires sur le site,
veuillez contacter la webmestre: webmaster@morinheightshistory.org
Droits d'auteur © Association historique de Morin-Heights
Dernière modification : 6 septembre 2009